18.12.13

Le cadeau

Un matin sur le paillasson
Un petit paquet à mon nom
C'est une boite à musique, petite et légère
Qu'on pose là, en équilibre sur l'étagère
On pousse quelques livres pour pas qu'elle tombe
On jette quelques bibelots, usés et sombres
Le soir, on remonte le mécanisme raidi
On se suspend à la petite mélodie
Devant ce tout petit danseur, cette toute petite danseuse
Si parfaits, si gracieux dans leur valse amoureuse
Et bientôt, la boite grandit
Bientôt l'étagère plie
Bientôt il faut enlever les meubles autours
La boite devient chambre, on se blottit dans le velours,
Bientôt la boite devient maison d'or et le ballet continue
Bientôt la boite devient monde, et la musique n'arrête plus.


13.12.13

Le livre

J'ai vu ton visage
Comme on lit un livre
J'ai vu tes âges
Tes chemins tes dérives

J'ai lu ton histoire
J'ai lu tes émois
Tes espoirs
Tes joies

J'ai senti la vie
Battre tes tempes
Mais excès de folies
Déjà la nuit rampe

Les pages se déchirent
Qui parlent d'adieu
Tu vas t'endormir
Ne ferme pas les yeux







11.12.13

Le manège


Ce soir jusqu'à l'aurore
Je rencontre la fée d'or
Je sors mon masque de fête
Et rit à perdre la tête
Ce soir je tourne sur un manège enchanté
Les cotillons volent, le ciel est pailleté
Le manège soudain ralentit
Un visage  au loin caché m'épie
Plus un souffle, une ombre passe
Un instant l'ivresse s'efface
Les masques tombent de tristesse
Mais j'attrape le pompon et la liesse
Jusqu'à l'aurore avec la fée d'or

10.12.13

L'enfant

C'est un enfant silencieux
Il met à son jeu tout son sérieux
Et rien n'est important
Ni l'espace ni le temps
Il court à perdre haleine
Crie, chante et se déchaîne
Ses lacets sont défaits, son manteau ouvert
Il nargue la mort, son père et sa mère
C'est un enfant facétieux
Un ange passe joyeux
C'est un enfant capricieux
Qui fait bien ce qu'il veut
Il a l'âge de raison
Alors taisez-vous donc
C'est un enfant malheureux
Tout crotté, le genou écorché
Assis dans la boue,
Il frotte ses yeux et barbouille ses joues
La nuit tombe, il fait froid
Et il reste là
Seul avec sa peur
Tapi dans mon cœur


28.4.13

La pierre

Et on se retrouve sans y croire
Face à une pierre lisse et noire
Un coin calme dans la nuit
Sur une colline aux arbres vieillis
C'est déjà maintenant?
On fait le bilan
De ce qui compte
Des colères promptes
Des joies, des choix
On pèse, on balance
Nos temps courts et immenses
Dans le marbre obscur on veut graver nos mots,
Qui nous racontent et qu'on voudrait beaux.
C'est notre chance
De mener la danse
Des éclairs déchirent le ciel
Et nous réveillent
Mais quand revient l'ombre
On revoit la pierre sombre
C'est déjà maintenant?
Qui sait? En attendant,
On mesure l'important.


31.3.13

L'appel

 
Le vent se lève qui s’attaque à un chignon sans faille
Des mèches de cheveux s’échappent en bataille
Tandis que sautent les épingles et s’essaiment

Une bourrasque lève les feuilles jaunies,
Qui s’emmêlent dans la crinière en folie
Et collent à la peau leur poème

La poussière tourbillonne, se plaque partout
Dessine des peintures de guerre sur les joues

Un cyclone déchire la petite veste et la chemise à col
Les chaussures vernies s’envolent

Une sauvageonne pieds nus et en haillons
Marche vers le soleil chantant à pleins poumons
Et la brise murmure « bohème bohème »

12.3.13

Le régiment des bancals


Une plume au garde à vous
A pris du plomb dans l’aile

Garde à vous ! Garde à vous !
Je tombe – s’écrit-elle

Un garde au plumez vous
S’en vint à tire d’aile

Garde fou ! Garde fou !
Je vous tiens ma belle

Mais la plume a un poids
Et, tombant de Charybde en Sylla
Ils atterrissent cahin-caha
Sur le défilé de loqueteux qui passait là

Rien ne sert de périr
Il faut se sauver à point
On n’empêche personne de se flétrir
En s’échouant en vain

9.3.13

A (-) propos

Chers martyrs de l’orthographe,

A l’ère du sms, vous vivez le martyre.  Soit !
En soi, on communique à l’envi, mais l’envie de vérifier dans le dictionnaire est partie. Peut-on en prendre son parti ? Est-il vraiment sensé de s’offusquer davantage à propos de la forme que du fond ? N’est-il pas d’avantage de se concentrer sur le message et son à-propos ? Les cahots de l’orthographe sont-ils censés entrainer le chaos ?

Les pauvres hères aux grands airs, en habits de soie verts, à qui notre chère langue tient tant à cœur, ont de tous temps élevé leurs voix en chœur du haut de leurs chaires. Comme blessés dans leurs chairs, ils veulent nous remettre sur la bonne voie. Pour mettre les fautes au ban, il faut (re)venir sur les bancs de l’école. Le français erre dans des abîmes d’ignorance, ces mauvais auspices vont le mener droit à l’hospice. Il faut taper du poing sur la table et mettre les points sur les i. Tels des jeunes filles aux yeux en amande terrorisées par de vieux satyres, ils mettent à l’amende  cette satire que le français est devenu.

Eh ! Oh ! Il ne faudrait pas exhausser ce qui n’a pas lieu de l’être. Exaucer les prières des différents gardiens de la bienséance verbale, voire régler leurs différents ne me sied guère. Mais c’est de bonne guerre.

Et, ô surprise, c’est avec un entrain non feint que je suis en train de me rallier à la cause. Je ne vais pas en faire un flan et porter le flanc à la critique mais j’ai faim de ces nuances sans fin de la langue. Une seule lettre changée à dessein et le dessin de la phrase est transformé. Ce n’est pas un conte et je compte bien vous le montrer avec une petite mise en abyme que j’affectionne : «  si au matin tu vois un oiseau sur un lac, c’est un cygne ». C’est très drôle ma foi, de confondre le volatil volatile avec un signe des dieux. Notons que n’importe quel oiseau ne ferait pas l’affaire. Le geai, noir de jais, ou le serin pas serein, par exemple, n’ont rien à faire dans cette histoire. 

Cependant, en mon for intérieur, je suis fort attristée de la tournure des événements (et oui, parfois Marie est marrie). Des fois, (je sais on dit « parfois », considérez cette occurrence comme une licence poétique), j’ai les foies (autant pour la poésie).  Mais comme disait François 1er : « tout est perdu, fors l’honneur ».

Les conclusions de nos pères sur l’incapacité linguistique croissante de leurs pairs me laissent sceptique. Une paire d’yeux pers sur leur rhétorique et on le voit : l’encre de leur argumentation septique (oui, comme la fosse du même nom) écrit une mauvaise ballade tandis que mon esprit lève l’ancre et part en balade. 

Pour faire court, cette chasse à courre à l’appauvrissement de notre langue a cours depuis des siècles, et fait seulement la cour à des égos en mal de reconnaissance. Car malgré les pâtés de nos têtes blondes et la pâtée infligée dans un premier temps par l’avènement des moyens de communication rapide, la créativité linguistique croît, si l’on m’en croit, bon gré mal gré. Il faut le voir, voire l’observer pour en mesurer l’ampleur. Et s’il vous plait en considérant le verre à moitié plein plutôt que le ver dans la pomme car raisonner de façon positive laisse le positif résonner et se propager. Ce sont les prémisses du gai savoir, prémices du passage à gué vers de nouveaux horizons linguistiques. 

Et ce n’est pas une tribu de tristes sires refusant le tribut des jeunes générations qui changera notre avis ; on ne scelle pas d’un sceau de cire ce qu’on veut brider mais on enlève la selle du fougueux destrier de l’imagination. Par tous les saints, ne cachez plus ce sein que l’on saurait voir, c’est le seing d’un esprit sain. On n’est pas des sots la tête dans un seau et on sait faire le saut d’un registre à l’autre. Pas besoin d’un gène particulier pour éviter que ça ne nous gêne.

Il ne s’agit pas là de mettre au rancart un pan de notre langue ; l’ancien français a rencard avec sa descendance pour une session cession - de - terrain. Et sans heurts, ils auront l’heur de se plaire, à la bonne heure ! Trouver une langue sans tache est une tâche difficile. Mais pour qui ne s’impose aucun filtre, l’exercice est un philtre. Une goutte de curiosité et on goûte de nouveaux savoirs.
Et pour roder les anciens, rien de mieux que de rôder ; sortir de son repaire pour trouver de nouveaux repères. Et bientôt, le plaisir sera aussi grand qu’être installé au coin du feu, un bon tome à la main, en dégustant une tomme et du vin.

Les changements subits sont souvent subis. Mais si on est prêt à y consentir, n’oublions pas non plus de rester au plus près du sens que l’on veut donner à notre pensée. La signification que l’on pose sur nos mots ne peut connaître de pause.

Nous possédons un fonds linguistique si riche, que cela peut nous occuper des fonts baptismaux à la bière pour l’explorer de fond en comble. Pour sûr, on ne va pas mettre notre langue en tôle et se laisser tauler par des rabat-joie (oui sans s, moi aussi j’ai haussé les sourcils). On peut le dire sans piquer un fard, nous serons le nouveau phare dans le brouillard du bon français, bon comme le beurre du far breton, bon comme glisser sur la neige après avoir mis du fart sous ses skis. 

On prend les rennes de notre discours en main, et échec à la reine, au roi et au père noël et ses rênes qui nous apporteront quand même des cadeaux parce qu’on est sages malgré tout.

19.2.13

Le trophée


Eva promène son ptit cul dans la rue
Une main inconnue attrape son fruit défendu

Eva s’indigne
Sa rage trépigne

Aussitôt ses amis chevaliers
Accourent défendre leur trophée

On sort de gros muscles et mots
En promettant la peau du salop

Mais coup d’épée dans l’eau

Car, à défaut de le pouvoir faire littéralement
Le voleur s’est fait la belle depuis longtemps

 


Humiliée et marrie
Eva se réfugie
Dans les bras d’un ami





Qui bien content du tournant qu'ça prend
Lui fait un ptit câlin, tiens prends ma main

Pauvre petite chose
Ma fragile rose
Appuie toi sur mon épaule
Je m’occupe des drôles

Esprits chagrins chagrines
L’homme offre la rose et l’épine ?
Mais qu’est ce que la liberté
Quand on est en sécurité

1.2.13

Miroir à malice


Dans ta tête mon négatif
Dans tes yeux mon positif

C’est blanc bonnet et bonnet noir
Tu es mon miroir

Je m’assois
Tu t’assois
Lentement lentement lentement..
Vite !

Tu lèves le bras droit
Je lève le bras gauche
Tac une ptite claque



C’est Jeanne qui rit Jean qui pleure
Une boudeuse un moqueur

Qui est le yin qui est le yang
C’est chacun son tour et les deux en même temps
Tu dis oui je dis non
On n’est pas d’accord qu’on est d’accord

Un grain de malice dans ton obscur
Un petit pois sous mon matelas
Nos parallèles qui se coupent
C’est moi le miroir

22.1.13

Inconstance et pointillés

Mais qui voilà au bout du chemin
Avec son chapeau de paille et cotillons
Un grand signe de la main
Un éclat de frissons

Des souvenirs en bataillons
Des aujourd'hui, des hiers, des demains
Mélangés sens dessus dévions
D'avions en trains.

C'est notre histoire en pointillés
Les saluts ici ou là sur un quai
La dernière fois c'était où - On s'en fout
La dernière fois c'était quand - Et fichtrement

Quelque part au milieu de la page
Ou griffonné vite fait dans la marge
Et on trace des petits traits bleus entre les deux
Ça fait joli et on fait bien c'qu'on veut

C'est notre amitié de nomades
Nos silences en charade
Nos  discussions en chamade
Arrive camarade!

8.1.13

Le blues du tigre

Au dessus d'un verre, face à toi même. Ou face à un verre et au dessus de toi même.
Au milieu de la foule festive, dans l'agitation, les danses, les rires, les chants, tous ces remous et ce bruit qui nous font sentir bien vivants, cette chaleur qui nous fait nous sentir aimés. 

Tu es là seul, tout ça glisse sur toi, on peut sentir la bulle cotonneuse de ta tristesse autour de toi.
"On est là, on joue aux fous, on fait semblant pour la galerie" dis-tu, "et pourtant au final en rentrant ce soir je serai seul".

On est là, on se fait des câlins, on se dit qu'on s'aime, on joue comme des enfants...

Comme des enfants? Des enfants écervelés - au sens littéral du terme - alors. 
Mais mimer grossièrement l'enfant ne va pas faire revenir notre mère. La maturité de l'Homme c'est de "retrouver le sérieux qu'il mettait au jeu étant enfant" (Nietzsche) (A tes souhaits). On ne va pas jouer à être des enfants et brasser l'air dans l'espoir d'arrêter le temps.

Maintenant c'est toi perdu dans la jungle du monde. Tu crois qu'il y a des tigres partout et tu te déguises en tigre. Tu finis par croire que tu en es un et que le bal masqué autour de toi est ta nouvelle famille féline. 
Parlons en des tigres; de gros matous de caniveaux avec des peintures de guerre, tous plus perdus et seuls les uns que les miauutres. Ils miaulent à en perdre haleine le soir sous les baobabs,  boivent du sang de gazelle toute la nuit, et cherchent un zèbre à se mettre sous la dent le croc. C'est comme ça être un tigre épanoui et heureux. C'est comme ça qu'on fait.

Ils veulent être les rois de la jungle mais se font boules de poils fragiles pour retrouver en catimini leurs maîtres, un bol de lait chaud, une caresse. Puis ils remettent leurs rayures et retournent à leurs occupations d'enfants terriblement libres. 
C'est la jungle et il vaut mieux y feuler qu'y ronronner. Mais à force on ne sait plus que l'on est déguisés et que l'on gesticule et s'époumone pour parfaire le camouflage. Ce qui compte c'est d'être comme les autres et ne plus être seul. Ce qui compte c'est de maquiller notre vie, comme nous mêmes, pour que ça ait l'air bien rempli. Même des fois on dépasse, mais ça c'est une autre histoire. 
On oublie qui on est pour ne pas se retrouver face ou au dessus de soi même. Au final, on est juste à côté.

"L'un va auprès de son prochain, parce qu'il se cherche lui-même, et un autre parce qu'il aimerait se perdre. Votre mauvais amour pour vous-même fait pour vous de la solitude une prison". (Re Nietzsche) (A tes amours)

Pour s'aimer soi-même, on peut essayer de se faire à soi-même une caresse et un lait chaud, ou regarder ce qu'il y a sous la peinture de nos rayures, et apprendre à trouver ça beau (voire rroarrr). 

Et une fois qu'on s'aime, la solitude c'est vraiment la liberté. Et ça fait du vent dans ta crinière...

11.12.12

L'adieu aux larmes

Ami, adieu
J'ai effacé tes mots
Cette planète rien qu'à nous deux
Ce petit monde si beau
J'aimais le retrouver comme on part en vacances
Tu le voulais comme une maison
Nous y avons construit des barbelés, des murs de défense,
Et nous nous y sommes querellés sans raison
Et un jour sans un bruit
Nous sommes partis
En rampant
Est ce toi, est ce moi, qui a fui le premier?
On ne sait plus, et ça compte même pas.
Maintenant nos mots ne disent plus rien
Ils ne créent plus
Ils sont creux et fragiles comme la porcelaine
Délicats et esthétiques, un geste malheureux
Et ils retournent poussière.
Ami rends moi mes secrets
Ne me retiens pas dans ce que j'étais
Ami, ce n'est plus moi
Ce n'est plus toi non plus
Bonne route mon ami
On a bien grandi

29.11.12

Dans mon placard

Il y a un monstre dans mon placard.
C'est un grand placard tout sombre. On ne sait pas tout ce qu'il y a dedans mais on peut bien s'y cacher.

Je ne sais pas si je le savais avant de l'ouvrir.
Mais longtemps je suis restée loin du placard. D'ailleurs il n'existait pas, na.

Un jour j'ai commencé à l'observer de loin, avec un petit air supérieur.
Il était ouvert, c'est pas très prudent ça.

Juste un coup d’œil.

Mais il est tout mignon ce petit monstre.
Juste un petit câlin, on discute juste un petit peu, c'est sympa.

Je suis retournée le voir le lendemain, et le jour d'après, et le suivant.
Je restais de plus en plus longtemps avec lui.
Je ne savais pas son nom mais c'est pas grave ça, on passait des moments fous tous les deux. Et je me sentais libre, j'en voulais plus, plus, plus, toujours plus.
Lui, il connaissait tout de moi. Même des choses que je ne savais pas, même des choses que je ne comprends pas.

Notre amitié grandissait.
Lui aussi d'ailleurs, j'ai dû l'installer avec moi dans ma chambre.
Et le laisser sortir avec moi.

Il est devenu tellement grand et moi bizarrement tellement petite.
Maintenant je me perdais dans sa douce fourrure et souvent j'étais tellement faible qu'il devait me porter et me bercer.

Mes amis ne pouvaient pas le voir. Tant mieux. Je commençais à deviner qui il était et j'avais peur qu'on le reconnaisse. Moi non plus je ne voulais pas le reconnaitre.
A force de passer du temps avec lui, je changeais, plus rien n'importait, que lui. Je souffrais mais le monstre me réconfortait. Pourtant il commençait à m'horrifier. Il était énorme, dramatique et tyrannique.
Je ne voulais pas qu'on me voit avec lui ; c'est pas parce que je suis toujours avec lui que je suis comme lui. J'ai fui loin de mes amis, de ma famille, et de ce garçon important.
Ils ne voyaient rien, ils ne comprenaient rien, et pourtant je voyais le reflet du monstre dans leurs yeux quand ils me regardaient. Ça me donnait la nausée.

Je suis devenue une ombre, un pâle fantôme blessé et terrifié qui cherchait les coins sombres et le silence. Le monstre hurlait jour et nuit maintenant et je me recroquevillais sur ma douleur, les mains pressées sur mes oreilles. Je savais que bientôt il allait m'engloutir. Bientôt, bientôt. J'avais hâte.
Mais il prenait son temps, me laissant me consumer à point. Je grelottais du froid qui glaçait mes veines.

Un rayon de soleil s'est glissé malicieusement jusque dans mon coin. Il a mis un petit rire dans mon cœur et la chaleur a commencé à revenir dans mes membres ankylosés. Je me suis levée sur mes jambes tremblantes. J'étais seule, fragile comme une feuille d'automne, mais j'ai serré les poings et j'ai défoncé la mâchoire du monstre.
Ça l'a chatouillé - il a ri.

Mais j'ai recommencé, tous les jours, de plus en plus fort, avec la rage de l'espoir. Le monstre avait les yeux au beurre noir, il lui manquait des dents et des touffes de poils par ci par là. Et j'ai continué. Des fois je n'arrivais pas à éviter ses coups, et je me retrouvais sonnée, écrasée sur un mur. Mais je me relevais et j'attaquais à nouveau. Malgré ses coups, malgré ses cris, malgré la fatigue, je reprenais du poil de la bête - c'est le cas de le dire - et lui rapetissait. Il faiblissait à vue d’œil.


Bientôt il est redevenu une peluche adorable. Je l'ai jeté à la poubelle. Il est revenu par la porte de derrière. Je l'ai jeté par la fenêtre, il est remonté par l'escalier de secours.

Alors peut-être que je ne peux pas m'en débarrasser. En attendant, je l'ai rangé dans le placard et j'ai fermé le placard à clé.
La clé est tout le temps dans ma poche, lourde et dure. Je ne vais pas la perdre, pas la jeter, ça c'est sûr. Parce que parfois j'ouvre le placard. Quand même, j'ai toujours de l'affection pour mon monstre. Parfois je le laisse me parler. Parfois il réussit à me toucher, parfois j'entre et je lui fais un câlin. Maintenant, je connais son nom et certaines personnes savent qu'il est là quelque part. Et pour pas qu'ils pensent que je suis comme le monstre je ressors et je leur fais un câlin.

16.11.12

La muse

Ma muse
S'amuse
Elle sort elle use
De tout elle abuse
Ma muse 
M'amuse
Mon cœur se désabuse
Et se refuse
Mon âme percluse
La récuse

Est ce une ruse
Ma muse confuse
S'excuse

Ma muse s'use
Ma muse m'use
Mais moi j'infuse
Et l'encre fuse 
Sur nos amours diffuses

Ma muse
Ma muse
Ma triple buse

7.11.12

Mon précieux

Hier soir dans un bar avec une amie à moi et une amie de mon frère, (également présent mais on s’en moque, d’ailleurs ce n’était pas son amie, tous les personnages sont utilisés à des fins purement grammatico-démonstratives).

Donc hier soir, avec une amie de moi et une amie à mon frère. Non, une amie à moi et une amie à mon frère. Et déjà quelqu’un élève la voix pour parler de fille de joie et de sa descendance.

C’est bien une préoccupation de capitaliste en crise ces questions de marque d’appartenance. Pas de travail, un pouvoir d’achat en berne, il manquerait plus qu’on soit célibataires et on commencerait à vouloir s’approprier des amis.

Alors quoi, le fils DE sa maman ? Le fils A sa maman ? On est tous d’accord sur ce point. (Ça veut dire que je ne donnerai pas la réponse). Mais alors donc, mathématiquement, une amie DE moi ?

La règle est simple et on va pas tourner autour du pot aux roses.
Normalement, c’est la préposition « à » qui marque l’appartenance après un verbe : l’amie appartient au frère (de moi le mien). De même, on l’emploie devant un pronom seul : une amie à lui, ou pour reprendre un possessif : c’est son amie à lui (au cas où on aurait pas bien compris qu’il me l’a piquée pour l’exercice).

PAR CONTRE (on a failli attendre), on ne peut pas utiliser « à » (prép. On ne le répétera jamais assez) entre deux noms. On dira : l’amie DE Marie, la sœur du frère.

Cependant, l’emploi de la préposition « à » est conservé dans des locutions figées, « la bête à Bon Dieu » ainsi que dans des registres familiers. (Fils à pute alors ?)

Mais pourquoi me direz vous ? Pourquoi certaines formes d’usage dans l’ancienne langue sont-elles devenues archaïques voire incorrectes ?

C’est là que l’Ancien Régime rattrape le capitalisme susmentionné.
En effet, en ancien français, l’appartenance pouvait être exprimée de trois façons :
  • En cas de Dieu ou de Souverain on utilisait la juxtaposition : la Chaise-Dieu, Marly-le-Roi
  • Pour les nobles, on se servait de la préposition « de ».
  • Enfin pour le peuple (qui a dit gueux ?) et les animaux, on utilisait « à » (prép.)

On est pas des rustres je suppose, donc on a abandonné cette dernière pratique. Pour ma part, je crois que je vais éviter toute préposition devant mon prénom dorénavant. A bon entendeur.

18.3.11

Flageolet


Et voilà un mot international!

En anglais : flageolet
En allemand : Flageolett



Je sens que la genèse de cette article vous titille.

C'est que, si je ne suis pas encore prête à parler de l'Australie, je peux enfin donner un retour d'expérience de Berlin.
Imaginez mon étonnement, teinté d'indignation, quand, à l'orchestre, on me demande de jouer un flageolet (ein Flageolett bitte). J'avoue que la première chose qui me soit passée par l'esprit est "tire mon doigt". Le monde comme un village s'occupe toujours de nous divertir et de nous procurer de grands moments (de solitude), j'aurais dû le garder à l'esprit. Toujours est-il que ce qui était demandé était une harmonique. Pour les non-initiés, il s'agit d'une note jouée en effleurant la corde avec un doigt de la main gauche au lieu de le presser complètement. Ce qui permet de faire ressortir les harmoniques donc, qui sont les sons coexistant au son principal. Je ne m'étendrai pas dessus, l'important ici est de savoir que ce son produit ressemble à celui d'une flûte traversière (ça n'engage que moi mais ça m'aide dans ma démonstration).

Et c'est là que ça devient intéressant. Pourquoi un flageolet? Revenons à la base voulez-vous?
En ancien français "flageol" signifie la flûte et découle directement du latin "flabra", le "souffle". C'est la que la méconnaissance de la langue française ainsi que le purisme allemand me frappent un grand coup : le terme flageolet désigne une famille de flûtes à conduit... oui ces ignoble flûtes à bec qu'on avait au collège par exemple.

La vraie question à laquelle je propose de ne pas répondre pour ne pas incommoder les voisins, c'est comment on en est arrivé à nommer un haricot sec de cette façon.

30.3.10

Nous y voilà. L'avion a effectué son long périple et nous sommes arrivées un matin, ou était-ce une nuit? C'était une nuit bien vu. Comme la plupart des journées qui ont suivies d'ailleurs. On a eu besoin d'un petit réajustement de neuf heures; il a fallu remplacer le bol de céréales par le steak kangourou, la douche du matin par la douche de l'après midi, le bisou d'avant dormir, par le bisou du réveil ( et Dieu sait si ça en change la texture) et la blague du jour par la blague de la nuit.

Voilà pour le changement de dimension temporelle.

Dans le même temps, il nous a fallu affronter le changement de dimension spatiale.

La problématique se définit comme suit: la gauche australienne, c'est la droite européenne (à l'exclusion de quelques régions qui résistent encore et toujours...)

Mettons nous en situation : Je sors de l'auberge. Pour aller au Coles (le super U local), je dois traverser la rue. Je regarde à gauche, donc à droite, puis à droite, donc à gauche et c'est parti. J'ai oublié le paramètre "feu rouge" et manque passer sous un bus qui vient de la droite, de la gauche?

Je monte les escaliers (la montée des marches vers la pitance) et croise un heureux consommateur chargé de sacs de victuailles. Je m'efface poliment à droite... nous voilà coincés dans l'escalier. Un pas sur la gauche et l'ascension reprend.

Je rentre dans le Coles, prend mon panier à gauche, me dirige gaillardement à droite pour rentrer dans les rayons proprement dit. Rien là. L'entrée est.... Les rayons s'étalent de la gauche vers la droite, c'est quand même pas compliqué. La corvée achevée, je survis à un autre bus, je commence à avoir le mal de mer. Direction les toilettes... Enfin un havre de paix. Juste le mur, la cuvette et moi. Je commence à reprendre mes esprits. Tire la chasse... erreur fatale, le tourbillon inverse au fond de la cuvette me donne le coup de grâce, je vais me coucher, il est 4h de l'après midi.

Passons à la dimension humaine.

Il se trouve qu'ici, en Australie, il n'y a pas d'Australien. Seulement des allemands, des danois, des norvégiens, suédois, sud africains, québécois, canadiens, allemands, français, italiens, mexicains, espagnols, irlandais, anglais, écossais, hollandais, allemands, américains, français, coréens, allemands, français...

Vous avez l'impression que je me répète? Moi aussi :)

Il y a tellement d'Allemands ici que pour les six prochains mois, l'ambassade ne leur délivre plus de visas.
Quant aux Français... on en oublierait presque où on est parfois. Le plus dur ici est de rencontrer des Australiens. Façon de parler, car ils sont à l'image de leur pays, très accueillants et ouverts à la discussion, encore faut il les comprendre... Il faut reconnaître qu'il est plus facile d'avoir une discussion en anglais avec une personne d'une autre nationalite car les australiens ont un accent tres fort et mangent leurs mots, quand ils n'en ont pas des totalement differents de l'anglais "de base".

Un petit exemple?
Aussie : (prononcer ozzie) : australien
G'day : bonjour
Heaps : beaucoup "I earn heaps of money (on peut bien rever)"
Mate : pote, ami
No worries : pas ed proble;e "no worries mate!" (c'est bon vous vous fondez deja dans le paysage)
Down under : Australie et Nouvelle Zelande
Vedgies : Vegetables : legumes
VB : Victoria Bitters : marque de biere fabriquee dans l'eat de Victoria (et accessoirement notre preferee)

Enfin, et ca veut dire que c'est la fin de l'article, il nous a fallu nous confronter a la faune et la flore des alentours. La flore est sympa, des palmiers, des trucs avec des boules rouges, des arbres avec des troncs bizarres, des choses avec des longs fils qui pendent... tres exotique, on se sent tout de suite a l'autre bout du monde.

La faune est parfois moins engageante. Certes, il y a les ibis. Comme toutes touristes respectables, on a commence par les photographier sous toutes les coutures, avant de se rendre compte qu'ils ne sont ni plus ni moins que l'equivalent des pigeons europeens.
On a vu des kangourous (ils sont meme en liberte a l'universite de la sunshine coast ou nous sommes alle voir Julie, vous ne la connaissez pas mais je vous en parle quand meme), les koalas au koala sanctuary.... faut pas s'y fier, ce sont des etres rageurs et violents. On nous a encore vendu un mythe avec les petites peluces vivantes...
En fait, on a vu toutes sortes d'animaux au koala sanctuary, on pourrait limite rentrer en Europe. Mais on va essayer de nous y frotter en liberte, ca pimentera la chose. Les prochains qu'on devrait voirm ce sont les dingos, des especes de grands chiens pas completement sympas, quand nous irons a Fraser Island.

Mais c'est une autre histoire, je la raconterai quand elle se sera passee.

See ya!

Oui je sais, la fin est un peu abrupte, en meme temps, 4 mois apres notre arrivee, j'ai du mal a ecrire comme si j'etais encore etonnee... (A ma decharge, ca fait plus de 2 mois que je n'avais pas internet). Voila, et comme ca je vous devoile un peu que les choses s'arrangent dans les prochains episodes, avant de se reaggraver.

31.1.10

5... 4... 3... 2....1...

Bonne année!!! (Ben quoi j'ai encore le droit)

Merci, messieurs, l'année 2009 c'était très bien ! C'était très bien ! [applaudissements]
Vous, c'était bien, là-bas, M. Obama. Vous, M. Sarkozi c'était... comme-ci, comme-ça.

Dites-moi, vous, à gauche on ne vous a pas entendus. On ne vous entend jamais ! Vous n'arrêtez pas de bavarder ! Faites attention, faites très attention, hein!

Ecoutez, j'ai une conception personnelle de l'ouvrage. Ce n'est pas assez triomphal, pas assez orgueilleux ! De l'orgueil, bon sang ! La crise! Enfin ! Gnignignigni... C'est de la bouillie, tout ça ! C'était pas mauvais, c'était très mauvais, voilà ! Exactement ! Alors, reprenons. 2010. Hop ! Allons.




Le millésime 2009 n'a pas été très propice à ce blog. La conjoncture probablement. Mais ça va changer. (Non ce n'est pas une bonne résolution de joyeuse nouvelle année. Parce que si c'est ça, ça marche pas, c'est bien connu)

Une nouvelle problématique s'offre à moi et je compte vous en faire part au fur et à mesure.
Elle se déclinera comme suit:

L'Australie c'est à l'autre bout de la Terre, c'est quoi le premier bout?
On peut jouer 29h à cache cache dans un avion?
Y a un truc de grand-mère pour vaincre le mal de mer, et à défaut, peut on inverser la rotation de l'eau au fond des toilettes?
Doit on s'inquiéter de la présence de kangourous roux? (c'est un peu redondant ça)
Est ce que les cheveux poussent plus vite la tête en bas? Et, question angoissante, peuvent ils pousser à l'intérieur à force de Foster?
Last but not least (faut que je m'y mette un peu), l'anglais ça marche vraiment avec une patate chaude dans la bouche? avec de la Vegemite?
En conclusion, je laisse la parole à Barney Stinson : It's gonna be legend....



30.12.08

boule de neige


C'est la saison.

Vous connaissez l'effet boule de neige bien sûr. Boule de neige qui roule amasse plein de flouze et s'écrase joyeusement sur le sapin. (C'est là que ça sent le sapin justement)

Je parle d'un cercle (vicieux...) évolutif faisant référence à une boule de neige roulant sur une pente couverte de neige : la boule va grossir de plus en plus et de plus en plus vite tout au long de son parcours.


Ce phénomène peut être le moteur de comportements grégaires.

Par exemple, si une personne dans la rue se met brusquement à courir en hurlant de terreur. Il est possible que 2, 3 personnes en fassent autant. Alors il est encore plus probable qu'une dizaine d'autres personnes se mettent elles-aussi à courir et, voyant cela, les autres personnes de la rue adopteront probablement le même comportement. (Je me demande si c'est pas comme ça qu'on fait tourner la Terre?) La probabilité d'adoption du même comportement est d'autant plus forte que le nombre de personnes l'ayant déjà adopté est grand.

La peur est un bon moteur.

Cela dit, la joie aussi. Essayez un jour d'éclater de rire dans le métro. (Spéciale dédicace aux membres du groupe Facebook "je me tape souvent des fous rires tout(e) seul(e) en repensant à un truc")

Quelles que soient leurs motivations ("héhé!" "oh mon pov' garçon!") les personnes autour de vous vont au moins esquisser un sourire, et, au sortir de la rame, leur bonne humeur va se répandre comme neige au soleil . Mine de rien, c'est comme ça qu'on fait face à la morosité, qu'on combat la crise, que sais-je, qu'on sécurise le Proche-Orient?

On a compris le potentiel que ce phénomène possède.

Certains l'ont d'ailleurs si bien compris qu'ils ont mis au point une forme d'escroquerie basée sur cet effet boule de neige, la "cavalerie".

Son principe est d'obtenir un prêt auprès d'une banque (ou autre bailleur de fonds) en simulant une opération commerciale.

L'escroc peut alors se servir de l'argent pour se présenter comme un client solvable d'un complice, qui, à son tour, pourra obtenir un prêt plus important, et ainsi de suite. Ainsi, les prêts successifs servent en partie à rembourser les emprunts antérieurs ainsi qu'à alimenter l'apparence de respectabilité et de solvabilité des escrocs.

Se basant sur cette méthode, Charles Ponzi a mis en place une opération immobilière frauduleuse, en Californie au début du 20ème siècle. Au départ anonyme, il devint millionnaire en six mois, en promettant un rendement de 50% en 90 jours en spéculant sur les International postal reply coupons (coupons-réponse internationaux). 40 000 personnes investirent 15 millions de dollars, un tiers seulement leur fut redistribué. Par la suite, on a donné son nom à cette forme d'escroquerie, on parle de chaîne/dynamique ou jeu de Ponzi.

Mettons, voulez-vous, le procédé en application : Quelqu'un propose un investissement à 100% d'intérêt. Vous lui donnez 10 euros, il vous en rend 20 en utilisant l'argent donné par les clients suivants.Le phénomène fait boule de neige, l'argent rentrant permet de payer les nouveaux investisseurs. L'organisateur quant à lui prélève une commission, ce qui est bien normal, au vu des résultats apportés.

Tant que de nouveaux clients sont attirés par les promesses financières, le système est viable. D'ailleurs l'aubaine est telle que les premiers clients reviennent souvent dans la chaîne.

La mise en place d'une chaîne nécessite, on l'aura compris, une bonne réputation, l'investisseur doit avoir l'impression que c'est un honneur, un privilège de pouvoir confier son argent à l'escroc.

Le jeu (nommons le ainsi, tout n'est donc pas ennuyeux et triste au royaume de la finance et de la crise) peut durer tant que les clients arrivent par nombre pair. Quand la chaîne est coupée, la boule de neige éclate contre le sapin (vous vous souvenez), les derniers investisseurs sont spoliés. Mais ceux qui ont quitté le jeu à temps, sont gagnants (surtout l'organisateur).

Voilà comment Bernard Madoff a procédé ruinant des millions de personnes dans le monde, des banques. Il est président fondateur d'une société d'investissements et très actif dans le NASD et le NASDAQ. La chaîne qu'il a créée et dans laquelle il promettait des retours sur investissements de 8 à 12%, aura duré 48 ans, de 1960 à la crise financière en 2008.

Peu de spécialistes se sont étonnés des performances fournies. Pourtant il n'y avait quasiment pas de retours négatifs sur de très longues périodes. Il lui aura suffit de jeter de la poudre(use) aux yeux : l'utilisation de modèles mathématiques financiers, des clients réputés, des postes élevés dans l'administration... "Bernie" jouissait ainsi d'un prestige important.

Avec la crise financière de 2008, beaucoup de ses clients voulu retirer leurs avoirs de sa société d'investissement et la chaîne s'est effondrée; les caisses étaient vides, ils avaient perdu tout leur argent.

Jules Renard, le bien nommé, a dit : "Comme la neige serait monotone si Dieu n'avait créé les corbeaux."

Je crois qu'il vaut mieux le prendre comme ça et éclater de rire dans le métro!